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Passions

Claude Ponti

Avec Claude Ponti, fini les improbables contes de fées à la Perrault : sa générosité consiste à respecter les enfants de façon absolue et à ne jamais leur mentir sur la réalité du monde qui les entoure. En douceur, mais sans faux-semblant. Rencontre avec cet auteur jeunesse français intègre et généreux.

Le bonheur des enfants, et pas seulement celui de votre fille Adèle, occupe une place très importante dans votre vie. Pouvez-vous évoquer cette forme de générosité?

Parler de ma générosité me trouble parce que je ne me trouve pas spécialement généreux… Le jour où j’ai accepté d’avoir un enfant et de vivre avec lui, c’était avec l’idée que son existence lui appartenait et que c’était à lui de prendre les décisions. Mon rôle était seulement de l’aimer et de l’accompagner le long du chemin. En effet, à mes yeux, l’enfant est une personne en devenir, qui pousse comme les arbres et qui doit conquérir sa propre vision des choses. De ce fait, il est primordial qu’il apprenne à avoir confiance en lui, et cela n’est possible que s’il se sent respecté dans ses choix et dans ce qu’il est. La générosité est le respect absolu de l’intégrité de l’autre. Cette idée est toujours au fond de ma pensée lorsque je crée.

 

La générosité est donc pour vous le respect absolu de l’intégrité de l’autre…

Toujours ! Mais cette générosité passe aussi par la nécessité de montrer la réalité aux enfants, sans faux-semblant. La plupart des adultes vivent dans une vision stéréotypée et fausse du monde. Ils sont incapables d’affronter la réalité, d’aller au-delà des apparences. Et c’est cette vision du monde, qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. Or, on ne doit pas mentir à un enfant.

 

Quel enfant étiez-vous?

J’étais un enfant rêveur, hyper-contemplatif, qui passait beaucoup de temps seul dans la forêt : j’y construisais des cabanes, je bouquinais des après-midi entiers sur les branches d’arbre, je jouais dans les tranchées encore visibles de la Guerre de 1914. Je revois aussi le beau marronnier dans ma cour d’école et le soleil à travers ses branches, les balades à vélo avec les copains, lorsque l’on traversait des villages détruits dont il ne restait plus que la pancarte, le pont en bois rebâti à la hâte après que les Allemands l’eussent fait sauter… Les stigmates de la guerre étaient encore partout, et même dans ma propre vie : j’ai été abandonné, repris, abandonné. Et pourtant, dès que je le pouvais, j’étais un enfant heureux. J’ai toujours réussi à puiser dans mes ressources pour m’en sortir. C’est aussi cela, que je veux transmettre aux enfants : puiser dans leurs ressources. Mes histoires parlent donc d’épreuves et d’obstacles comme dans la vie, mais elles ont toujours un dénouement heureux car elles restent avant tout des contes. Des contes truffés de jeux de mots comme dans la mythologie. Des contes heureux et pleins d’humour. Sans stéréotypes.

 

Avez-vous d’autres passions que celle d’écrire pour les enfants?

J’aime beaucoup cuisiner pour les autres, leur faire partager des goûts nouveaux. Ma particularité, c’est que j’aime bien inventer et que je ne teste jamais ce que je prépare. La cuisine s’apparente pour moi à une boîte d’aquarelle. Lorsque je dessine, je ne me demande pas à quoi sert telle ou telle couleur, je l’utilise sans réfléchir. Et bien la cuisine, c’est pareil : il me suffit d’avoir une connaissance profonde de ce qu’il y a dans le frigo, le buffet, le congélateur, le jardin, et j’invente avec ce que j’ai sous la main.

 

De la cuisine accompagnée de Champagne?

Ah oui, oui ! J’aime beaucoup le Champagne et effectivement, je peux déguster un plat avec une flûte de Champagne. J’ai toujours aimé les bulles : je ne bois que de l’eau à bulles et enfant, je ne buvais que de la limonade !

 

Mes histoires parlent d’épreuves et d’obstacles comme dans la vie, mais elles ont toujours un dénouement heureux.

 

Claude Ponti en quelques mots

Claude Ponti démarre sa carrière d’enfant en 1948 en Lorraine. Quelques années d’école plus tard, bac en poche, il bouscule déjà les codes : entré pour quelques mois seulement aux Beaux-Arts d’Aix-en-Provence, il en ressort pour une visite-éclair à la faculté de lettres et d’archéologie à Strasbourg. Tour à tour dessinateur de presse, peintre, illustrateur, directeur artistique, il est déjà inlassable, insaisissable, et surtout inclassable. Puis un jour, dans une explosion de couleurs, Adèle vient au monde. Claude Ponti est papa! Il dessine alors à son enfant un imagier du monde, des histoires sans écriture, puis avec écriture, des jeux de mots, de l’humour et de l’amour. Celles d’Adèle. Sous l’influence magnifiquement optimiste de sa petite fille, son inspiration artistique déborde. On l’édite. Quelque soixante-dix albums pour enfants et trente ans plus tard, la flamme est toujours là. Libre et intacte.

 

Paru en novembre 2017
La course en livre, l’École des loisirs

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