Octave Lauret/Anaka/2018-CV-CNF

Passions

ÊTRE ET PARAÎTRE : DE L’ART D’ÊTRE ÉLÉGANT

De toutes les élégances, il nous faut citer la première : celle du vêtement ! Sur les pavés ou sur les podiums, elle s’impose à l’œil comme un éclair de génie : on l’admire sans comprendre à quoi elle tient. Elle se travaille mais ne doit pas sentir l’effort, elle s’éduque mais ne s’achète pas. Ajoutez-y une certaine désinvolture, et vous tiendrez la clé de sa fascination. Comment la décrypter ?

Il faut bien l’admettre : c’est une forme de beauté à l’opposé du sexy et du spontané. L’élégance n’aime pas les cheveux emmêlés, les vêtements froissés ni les pieds dans le sable. Ni Brigitte Bardot sous le soleil de ses cheveux fous, ni Marylin mythique dans les plis soulevés de sa robe qui danse. Qui est la femme élégante ? Audrey Hepburn. Lumineuse, pétillante, pourtant indéchiffrable.

Célèbre bien au-delà de son pantalon capri ou de sa collection de bijoux, pour cette allure qui ne la quittait pas. Qui est l’homme élégant ? Yves Saint Laurent, aussi bien en col roulé qu’en costume.

Ou Elvis Presley, dans son esthétique travaillée. Mieux encore : Barack Obama, silhouette longiligne, sourire éclatant, gestes reflétant toute l’assurance d’un homme qui sait où il va. Il sait en imposer sans jamais laisser sentir le poids qui repose sur ses épaules. Ses costumes simples et bien coupés, parfois portés sans cravate, ne font que refléter cette suprême aisance.

 

Une alchimie variable d’un continent à l’autre

En Asie, c’est d’abord la perfection du teint et de la chevelure. Le corps est une toile vierge prête à recevoir les couleurs. On y pose une touche très vive sur des tons neutres habilement coordonnés.

On joue sur la géométrie des lignes : tissus plissés, triangles imbriqués sur les sacs d’Issey Miyake. La structure du vêtement se travaille comme une architecture, s’éloignant des lignes du corps pour ajouter des arêtes nouvelles. En Afrique, c’est un mariage de couleurs assorties avec audace : un cocktail maîtrisé dont on applaudit le succès.

Puis, ici et là, des touches d’or illuminent la nuit de la peau. En Orient, on drape de longs voiles sur des formes devinées, créant par leur mouvement une brise qui n’existe pas. Les yeux peints de noir disent tout leur mystère.

Aux États-Unis, on vise la perfection et on aime le faire sentir dans les moindres détails : brushings quotidiens, manucure de poupée. En France, enfin, on joue l’ingénuité, en marinière et cheveux au vent, en blue jean et caban dont l’originalité réside dans la coupe. L’élégance est maintien avant tout : souple, gracieux, mais toujours vertical.

Port de reine ou de guerrier, de samouraï ou de danseuse : l’homme ou la femme déploie sa majesté dans sa ligne d’épaules. Sur cette structure, l’allure se construit en tirant le meilleur parti de ce que l’on a à sa disposition.

Dompter sa chevelure, soigner ses ongles et ses mains, affiner son grain de peau. Sculpter son corps pour en effacer l’âge, ou recourir à la minutie d’un tailleur pour adapter le vêtement : ériger une architecture invisible, dissimuler des dizaines d’heures de travail sous le bombé d’une veste. Mais aussi entretenir sa garde-robe : cirer avec soin ses chaussures, nourrir le cuir des sacs.

Le secret est aussi de savoir s’arrêter à temps : retirer l’accessoire ou le bijou superflu. Éblouir en robe monochrome sur le tapis rouge, face aux starlettes en combinaison transparente et carats accumulés. Pensez à Jackie Kennedy, à Kate Middleton et à la puissance visuelle de leur silhouette unie. C’est, enfin, savoir refuser de porter ce qui ne convient pas à sa morphologie : laisser à d’autres les pantalons de vinyle ou les shorts effrangés des magazines.

C’est peut-être une question d’âge. Une fois rassasié l’appétit de la jeunesse, c’est savoir se montrer plus exigeant et plus assuré dans ses choix. Avoir décidé qui l’on est, trouvé sa signature, et s’y tenir avec une certaine constance. Mais pour ne jamais perdre son naturel, l’élégance doit avant tout être un plaisir : c’est ce plaisir, que l’on doit refléter !

Octave Lauret/Anaka/2018-CV-CNF
Octave Lauret/Anaka/2018-CV-CNF

Pour ne jamais perdre son naturel, l’élégance doit avant tout être un plaisir : c’est ce plaisir, que l’on doit refléter !

 

L’ÉTERNEL GENTLEMAN FARMER

On dit que les hommes ont l’élégance facile. Un costume bien coupé, une chemise à chevrons et des boutons de manchette : le tour est presque joué. Une montre un peu rare ne nuit pas à l’ensemble. Si vous êtes joueur, vous ajouterez des lacets colorés à cet assortiment. Mais en rester là serait trop facile. Les prophètes du casual vous le diront : le véritable style est celui des jours off. À quoi sert, me direz-vous, de peaufiner sa tenue de week-end si personne ne vous voit ?

C’est pour cette raison que s’installe, doucement mais sûrement, la tendance du casual friday, plébiscitée par les dandys modernes. Par le pouvoir des tendances, hommes et femmes se retrouvent enfin égaux devant leur dressing pour connaître ensemble les affres du « j’ai rien à me mettre ! ».

Malgré tout, l’art de porter le chino se résume souvent à un style unique et inépuisable : celui du gentleman farmer. À défaut de posséder un cottage, il s’agit de battre le pavé en arborant les couleurs d’une forêt automnale pour laisser supposer un week-end au vert.

Imaginaire ou non, le gentleman farmer sait passer de son refuge bucolique à un dîner en ville avec facilité, en troquant simplement ses bottines pour des souliers plus habillés. De nombreux sites masculins dispensent leurs conseils en la matière : Bonnegueule.fr, Jamaisvulgaire.com ou encore l’iconique compte Instagram de Mr Porter, déclinant aussi bien le vestimentaire que la décoration intérieure, aident les internautes à naviguer dans l’assortiment infini des couleurs et textures : velours, tweed, flanelle épaisse…

Les accessoires sont en cuir patiné et leur vieillissement est recherché : bracelets de montre, ceintures, sacs de voyage et bottines se parent de nuances au fil des ans.

Les plus classiques se tourneront vers les valeurs sûres : Barbour, Church’s et par exemple Weston. Les plus tendance se porteront vers De Bonne Facture ou APC pour les basiques, vers Bobbies pour ses bottines et mocassins originaux, et vers Hilditch & Key pour une ou deux belles pièces capables de relever une garde-robe.

Les plus pointus se pencheront, quant à eux, sur les vêtements vintage : pantalons à pinces en prince-de-galles, gilets et chaînes de montre font leur surprenante réapparition jusque dans les bureaux, portés par de très jeunes gens férus d’élégance à l’ancienne.

La faute, peut-être, à la série TV Peaky Blinders : nos gangsters préférés de Birmingham, embourgeoisés dans leurs demeures de campagne, portent étonnam­ment bien le gilet marié à la casquette de tweed. Suffisamment pour renouveler une tendance qui ne demande qu’à prospérer !

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