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Passions

L’art sacré du thé

Art ancestral et précieux, Chanoyu (ou cérémonie du thé) est aux Japonais ce que le service du vin est à notre art de vivre à la française. Une école de précision, de patience, de beauté et d’émotion.

« L’art du thé est sans secret. Pas autre chose que de faire bouillir l’eau, de préparer le thé, puis de le boire. C’est tout ce qu’il faut savoir.  » C’est en ces termes qu’au XVIe  siècle, Sen no Rikyū, poète et maître de thé, définissait laconiquement son art. Une louche en bois, un linge de soie, une spatule, une boîte à thé  : un arrangement spartiate pour un cérémonial sibyllin aux yeux des profanes. École de vertu, de patience et de précision, la cérémonie du thé est très fortement codifiée. Il faut verser l’eau frémissante à bonne température, déposer la poudre de thé vert (matcha) délicatement au fond du bol avec une cuillère, battre l’ensemble à l’aide d’un petit fouet en bambou, ni trop vite, ni trop lentement. L’art du thé est un art du milieu et de la proportion. Dans le silence feutré d’un pavillon, sur des nattes de bambou tressé, il est un temps de dévotion et d’oraison. On s’incline devant le précieux breuvage, on contemple la douce boisson car elle est une œuvre en soi. Pas de hâte, pas de gestes brusques : tout est mesure, confinement jusqu’à l’extrême, mise en exergue des sens dans le frôlement des tatamis et le cliquetis des ustensiles.

 

Une effervescence mondiale

La voie du thé privilégie la retenue. Née en Chine dans les temples Chan (zen), cette tradition séculaire fut rapportée au Japon par le moine Eisai (1141-1215), fondateur de la tradition zen au Japon. Mais la cérémonie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui n’est véritablement instituée qu’au XIVe siècle, avec le moine Murata Jukō. C’est lui qui imagina ce moment suspendu, dans un lieu simple et clos, propice à la méditation. Depuis, la tradition veut que les maîtres de thé affichent leur affinité avec l’école bouddhique zen. Pour ses adeptes, la voie du thé a une dimension spirituelle dont l’harmonie, la pureté et la paix sont les vertus cardinales. «  Expression la plus élevée du culte de l’instant présent  », selon l’essayiste Katō Shūichi, la cérémonie du thé est le symbole de l’accomplissement individuel et social, abolissant les statuts hiérarchiques. Un idéal de vie qui tranche avec le bouillonnement du Japon moderne, sa quête de vitesse, de technique et d’étourdissement. Un pan s’ouvre à ses pratiquants, qui déploie tel l’origami un univers de saveurs douces et amères, prolongé par la vision du rituel, ses sonorités, le toucher des instruments. Un art total, en somme, où tous les sens sont sollicités, d’autant plus mis en exergue que le silence alentour est respecté. Alors, comme vient la première gorgée de Champagne, les sens s’ouvrent tout entiers, heureux de capter des sensations nouvelles ; c’est tout l’être, qui tend soudain vers le précieux liquide, le savoure et le fait sien.

 

 

L’école du thé à l’ère moderne

La cérémonie du thé est chose simple : «  Il s’agit juste d’apprécier le thé  », résume Sôzan Tatsuta, l’une des trois maîtres de thé de l’école Omote Senke de Paris, officiant également à la Maison de la culture du Japon et au musée Guimet pour des démonstrations. Mais au fur et à mesure que le geste se précise, la vie est transformée. «  Tous les gestes que l’on pratique pénètrent notre vie intérieure et notre quotidien et nous en sommes changés.  » Le respect et la patience sont des vertus qui s’affinent avec cette pratique qui exige un engagement profond et sincère, parfois de toute une vie pour les plus grands maîtres. Elle suppose une mémoire des gestes associée à une gymnastique intellectuelle et à un développement spirituel tirés de la philosophie zen. Ainsi, la préparation et l’offrande du thé possèdent quatre caractères fondamentaux  : le wa (harmonie), le kei (respect), le sei (pureté) et le jaku (tranquillité). Voie de simplicité pour révéler la paix intérieure, l’art du thé n’a rien du folklore ou d’une mode ; comme les arts martiaux ancestraux, kendo ou aïkido, il est une discipline de patience et d’écoute qui rejaillit sur l’individu qui la pratique. «  Aujourd’hui, je vois de plus en plus de jeunes qui s’y intéressent et qui y sont vraiment attachés, c’est magnifique  !  », se réjouit Sôzan Tatsuta. Maîtresse de cérémonie depuis plus de dix ans, elle pérennise ainsi cet art ancestral et la culture nippone, favorisant le respect d’autrui et les vertus du temps qui passe.

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