©Franz Navarette/Hubud Bali/2018-CV-CNF

Passions

le Coworking, nouveau creuset d’innovation collective ?

Avènement de l’individualisme moderne ou terreau de formes inventives de collaboration ? Le coworking et les nouvelles formes de travail font beaucoup parler d’eux. Plongée dans un univers en pleine ébullition.

Dans les nombreux cafés de coworking qui fleurissent au sein de la Silicon Valley, il n’est pas rare qu’un inconnu aborde une tablée en pleine conversation. Penché au-dessus des têtes de la petite assistance, il lance à la cantonade une réplique mystérieuse : « Quelqu’un a-t-il déjà codé sur Arduino ? » Personne ne s’en étonne. Dans ces lieux de partage, c’est l’équivalent d’un traditionnel « Bonjour, comment allez-vous ? ». Des doigts se lèvent, des idées fusent. On quitte la table quelques minutes pour un aparté avec le nouveau venu. On échange ses coordonnées. Un nouveau projet est peut-être né. Ou peut-être pas. Cela n’a pas d’importance. Ce nouveau contact sera conservé dans un coin de répertoire, ses actualités défileront sur les réseaux sociaux, et on pensera à lui lorsqu’une idée germera.

Pas de rôles définis, pas de hiérarchie, ou si peu, dans ces viviers de création. Le meilleur mentor est celui qui pourra vous accorder un quart d’heure entre deux avions pour partager ses réussites, mais surtout ses échecs. La patronne est cette jeune femme aux allures adolescentes qui porte un t-shirt, là-bas, et qui discute avec un développeur dont les doigts sur le clavier semblent animés d’une vie propre.

 

Une effervescence mondiale

Comment l’alchimie se fait-elle ? La tendance essaime autour du globe : en Europe, où la France n’est pas la dernière, mais aussi dans les pays émergents, on donne un nouveau nom au chaos créatif des cafés de Bamako ou d’Abidjan. Nouveaux nomades, les millennials rebelles au management enfilent leur sac à dos et transportent à Bali ou Bangkok leur espace de travail. On s’en fait l’image d’Épinal d’adolescents assis en tailleur dans un décor de rêve, un clavier déplié sur les genoux. On les trouve sur Instagram sous le hashtag #digitalnomads. On envie leurs pérégrinations précaires, leurs finances de funambules et leurs business plans au milieu des rizières, des déserts ou des jungles.

Ensemble autrement

Mais pour qu’un projet naisse, il faut deux parties. De tout temps, les génies isolés ont fini dans les tiroirs de l’histoire. Le réseau, les mécènes, les associés sont des soutiens indispensables. Et pour que ces acteurs se rencontrent, il faut une atmosphère propice. On a cru au virtuel pour révolutionner cela, mais on le redécouvre aujourd’hui : rien ne remplace un lieu. Un bureau, toujours, mais différent :
un espace de travail collectif, au plus près d’autres talents complémentaires. À chacun son âme et sa proposition. À Paris, la Station F, autoproclamée plus grand campus de startups au monde, propose 34 000 m2 d’espace au design inspirant, et des restaurants qui à eux seuls valent le détour. À Bali, Hubud va plus loin en proposant une communauté de vie – coliving – connectée au tissu local entrepreneurial et associatif. En Allemagne, Factory Berlin se concentre sur la socialisation dans un cadre propice. Chacun de ces lieux propose diverses formes d’accompagnement, de conférences et de temps de partage. La limite consiste à ne pas imposer trop de contraintes : ne pas définir une philosophie trop stricte, ne pas cibler une population trop précise, pour ne pas se couper de tout un pan de l’univers des possibles. Car l’innovation naît de l’aléatoire et de l’inattendu.

 

Nouveaux nomades, les Millennials rebelles au management enfilent leur sac à dos et transportent à Bali ou Bangkok leur espace de travail.

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©Patrick Tourneboeuf/StationF-2018-CV-CNF

QUARTIER LIBRE

UN LABORATOIRE D’EXPÉRIMENTATION COLLECTIVE MADE IN REIMS

 

Ouvert en juin 2018, Quartier Libre fourmille de projets et attire de nombreux partenaires, parmi lesquels le Champagne Nicolas Feuillatte. Quelques mois après son lancement, l’espace affiche déjà complet. Nous avons interrogé l’un de ses deux fondateurs, Arnaud Bassery.

Quartier Libre, qu’est-ce que c’est ?

C’est avant tout un espace : un terrain de jeu composé de deux bâtiments de 1 000 m2 chacun. L’un est une zone de travail (coworking, formation…) et l’autre est dédié à l’événementiel : on y trouve un bar à Champagne, un showroom présentant des innovations physiques, des spectacles, des conférences… La programmation y est très riche, avec quatre-vingts événements en quatre mois. Nous ne cherchons pas à définir avec trop de précision les activités et dispositifs qui peuvent s’inviter chez Quartier Libre. Nous fournissons le lieu, nous réunissons les talents, et nous laissons l’alchimie prendre ! Nous réunissons, d’une part, trente et un partenaires fidèles – de grandes entreprises qui nous exposent leurs besoins – et nous hébergeons, d’autre part, un écosystème mouvant de talents – freelances, artistes, startups – dont les propositions peuvent répondre à ces besoins.

 

Comment avez-vous pensé ce projet ?

Nous sommes deux fondateurs trentenaires au parcours hybride et un peu fou. Rémois tous les deux, nous aimons notre ville et nous voulons offrir à ce territoire des opportunités dont nous n’avons pas nous-mêmes bénéficié à nos débuts. J’ai aussi visité au cours de mes voyages un certain nombre de lieux inspirants, à Londres, New York… Mais il est impossible de s’inspirer vraiment d’un lieu : chacun s’est façonné à la mesure de sa population locale et de ses intérêts spécifiques.

 

Pensez-vous que Quartier Libre corresponde à une véritable demande locale, ou sa proposition doit-elle suffire à susciter l’envie ?

Il ne faut pas toujours répondre aux demandes. Parfois, les propositions inattendues sont les plus attirantes. Le plus simple est d’essayer : nous voulions offrir quelque chose de nouveau, et pour le moment, le taux de remplissage de 100 % parle de lui-même !

©AxelCoeuret/QuartierLibre/2018-CV-CNF
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