©Mademoiselle Maurice/2018/CV-CNF

Passions

Mademoiselle Maurice, artiste aux mille éclats de joie

Elle déploie ses fresques colorées au cœur des villes, qu’elle exploite comme un fond de toile grise. Ses éclairs de couleur s’apparentent à des vols d’oiseaux ou des pissenlits sur lesquels un enfant aurait soufflé. Rencontre avec Mademoiselle Maurice, artiste joyeuse qui cultive avec gaieté l’art de l’éphémère.

Vos œuvres ultra-colorées expriment instantanément la joie, la gaieté, une forme de fraîcheur évidente, mais quelle est votre propre définition de la joie ? Vous considérez-vous comme une artiste joyeuse ?
Pour moi, la joie est intimement liée à l’enfance, à cette part d’insouciance que nous perdons progressivement et dont nous sommes toujours nostalgiques. Les couleurs que j’utilise pour mes fresques, celles de l’arc-en-ciel, renvoient à quelque chose d’infiniment positif, inscrit dans notre mémoire collective. C’est l’arc-en-ciel de l’enfance, celui de la communauté gay, la nation arc-en-ciel prônée par Nelson Mandela. J’ai choisi ces couleurs pour les émotions heureuses qu’elles instillent, une forme de naïveté et de poésie qui vient dompter la dureté de la ville. Elles ont aussi pour rôle de ramener de la nature dans le paysage urbain. De mon côté, suis-je pour autant une artiste joyeuse ? Je pense que pour exprimer la joie, il faut l’être un minimum, donc oui, je suis joyeuse.

 

Ce spectre de couleur est-il perçu de la même façon à travers le monde ?
Tout à fait, oui, à croire que c’est un langage universel. Chaque culture se retrouve dans ces sept couleurs qui forment la vie. La seule différence, c’est que lorsqu’elles sont exploitées dans des villes européennes, je produis par la force des choses une rupture entre l’uniformité du gris et la couleur. À l’inverse, dans les pays d’Amérique latine, qui offrent une architecture colorée, je dois ouvrir créer un dialogue entre toutes les couleurs.

 

Comment passe-t-on d’architecte à street artist ?
L’architecture m’a donné des bases solides mais j’avais du mal à m’imaginer dans un bureau à dessiner des plans. J’avais ce besoin viscéral de créer avec mes mains. Or, je peins et dessine moyennement bien. L’idée est venue avec l’origami, cet art japonais que j’ai découvert lors de mes années passées dans ce pays. Une légende japonaise dit que si l’on plie mille grues en papier dans l’année, on peut voir son vœu s’exaucer. Ces guirlandes sont très présentes dans les temples et évoquent l’espoir. C’est de là qu’est partie cette idée de travailler l’origami. Une activité parfois fastidieuse, mais qui m’offre de vrais moments d’introspection, proches de la méditation. Et j’aime le papier, un matériau humble qui correspond assez bien à ma philosophie.

 

Comment sont perçues vos installations par le public ? Êtes-vous curieuse de sa réaction ?
En fait, comme l’installation prend souvent pas mal de temps, j’entends les réactions du public « en live ». Ils sont souvent étonnés, parfois inquiets de constater la fragilité de l’œuvre et son caractère éphémère. Mais je pense que ma démarche esthétique, mon envie de créer du beau les touchent. Ils ont aussi conscience de la somme de travail réalisée en amont qui peut paraître disproportionnée par rapport à la durée de vie de l’installation, mais c’est aussi ce qui lui confère une forme de rareté.

 

Vos installations réclament parfois la participation du public. Qu’apporte cette collaboration/participation à vos œuvres ? Que vous apporte cette démarche ?
Faire « travailler » le public autour d’une installation est sans nul doute le meilleur moyen pour lui de se l’approprier. J’aime m’adresser aux familles, aux enfants qui apportent l’innocence et la candeur dans une joyeuse communion. Ce sont aussi des valeurs de partage que j’ai envie de valoriser à travers ces expériences collectives.

 

Quels sont vos projets à venir ? Poursuivez-vous votre exploration de l’origami ?
L’origami n’est pas forcément ma signature. C’est un moyen pour moi de créer, mais je pourrais tout aussi bien utiliser des plaques de bois ou de la broderie. L’obsession de la couleur est bien plus importante dans mon processus de création. Je vais continuer à travailler autour de l’accumulation, du mouvement, de la dispersion, comme ces rayons de soleil qui laissent apparaître des poussières en suspension. Ces choses du quotidien ne cessent jamais de m’inspirer, tout comme la couleur.

 

L’engagement associatif est essentiel, pour vous. Pourquoi ?
J’aime le sentiment d’être utile à quelque chose. Mes installations contribuent, je l’espère, à une prise de conscience. Même si ma démarche est joyeuse, elle doit aussi questionner, notamment sur les problèmes environnementaux. Je travaille d’ailleurs sur des œuvres plus personnelles, où je revendique une part de colère. Concrètement, lorsque je collabore avec des marques, je réserve systématiquement une partie de mes honoraires à des associations humanitaires et environnementales. C’est le moyen, pour moi, d’engendrer un cercle vertueux et une vraie cohérence autour de mon travail.

 

« Le papier est un matériau humble qui correspond bien à ma philosophie. »


Mademoiselle Maurice

Mademoiselle Maurice est une artiste française, née en Haute-Savoie. Après des études d’architecture à Lyon, elle s’envole pour le Japon. Les tragiques événements du 11 mars 2011 marquent sa vie d’artiste et seront à la source de son travail autour de l’origami, inspiré par la légende des 1 000 grues. De retour à Paris, elle élabore des œuvres en rupture avec la monotonie urbaine. Des créations joyeuses, pleines de fraîcheur, mais qui interrogent également sur l’espace qui nous entoure.

www.mademoisellemaurice.com

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©Mademoiselle Maurice/Berlin/2018/CV-CNF

Installation « When the sky meets the earth », Adieu tristesse

En 2017, Mademoiselle Maurice a investi le Bikini, à Berlin, pour l’exposition« Quand le ciel rencontre la terre ». Un « vice-versa » artistique composé au plafond d’innombrables cubes volants aux couleurs printanières et d’oiseaux en origami posés au sol, dans un grand mouvement animé. Les visiteurs sont devenus partie(s) intégrante(s) de l’œuvre en réalisant et en ajoutant leur propre origami. Une nouvelle fois, les créations de Mademoiselle Maurice ont rompu la monotonie urbaine et encouragé l’interaction entre le public et l’environnement.

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