Passions

Yaron Herman

Yaron Herman poursuit un chemin éclectique où la beauté peut jaillir de n’importe où. Seul ou en formation, le pianiste de jazz franco-israélien s’affranchit des frontières et des conventions musicales pour tisser les innombrables fils de ses inspirations.

Quelques mots sur votre parcours ?

J’ai 38 ans et j’ai grandi à Tel Aviv. Alors que j’envisageais une carrière sportive, j’ai commencé le piano à 16 ans aux côtés d’un pianiste de jazz qui m’a fait découvrir le monde de l’improvisation et qui m’a permis de percevoir ce que la musique pouvait m’apporter dans la vie. À 19 ans, je me suis installé à New York pour vivre ma passion. Deux ans plus tard, j’ai atterri à Paris un peu par hasard, à la faveur d’un transit aérien raté. Pour m’occuper lors de ma soirée imprévue dans la capitale, j’ai poussé la porte d’un club de jazz. Quelques heures plus tard, j’ai participé à une jam session… et je ne suis plus reparti ! J’aurais très bien pu reprendre le cours de ma vie après cette soirée, mais je suis convaincu que quand on tient une mélodie qui fonctionne, il faut la développer. Et c’est ce que j’ai fait, simplement en tirant le fil de l’histoire qui se présentait à moi.

 

Comment travaillez-vous ?

Derrière la notion de travail, je vois plusieurs aspects. D’abord, il y a bien sûr la pratique quotidienne de l’instrument qui permet de parcourir la distance qui sépare les balbutiements de la maîtrise. Cela passe par la concentration, la discipline, la régularité, mais aussi par le développement de notre capacité à faire acte de présence vis-à-vis de nous-même. L’autre volet de mon travail consiste à nourrir ma créativité. Sur ce plan, je suis insatiable, une vie ne me suffira pas à explorer tout ce que j’aurais envie d’explorer ! Mais je vois cette curiosité comme un moyen d’élargir ma palette musicale : plus je dispose de couleurs, plus je peux déployer des émotions de façon juste et au moment opportun.

 

Si vous n’aviez le droit qu’à trois noms de musiciens que vous admirez, quels seraient-ils et pourquoi ?

C’est un exercice difficile car je n’ai de cesse de découvrir de nouvelles choses ! Mais si je dois vraiment n’en garder que trois je dirais Bach, Keith Jarrett et Radiohead, parce qu’ils sont des maîtres chacun dans leur domaine et qu’ils transcendent leur discipline.

 

« En ce qui me concerne, tout peut être source d’inspiration : un tableau, un immeuble magnifique, de belles expériences humaines et même une flaque d’eau. »

 

Plus généralement, quelles sont vos inspirations ? Votre conception de la beauté ?

L’inspiration n’est pas quelque chose que l’on maîtrise. Elle dépend largement de notre capacité à la recevoir ! En tant qu’artiste, une part de mon métier consiste justement

à préparer la maison pour que l’inspiration puisse s’installer. C’est ce que j’appelle être habité. En ce qui me concerne, tout peut être source d’inspiration : un tableau, un immeuble magnifique, de belles expériences humaines et même une flaque d’eau. Je suis prêt à être ému par n’importe quoi et la chance que j’ai est que je dispose d’un instrument avec lequel j’exprime mes sensations en donnant naissance à une œuvre universelle qui dépasse mon expérience personnelle. Quant à la beauté, je ne me hasarderai pas à donner une définition savante. Je dirai simplement que c’est ce qui nous élève.

 

Pensez-vous que chacun peut être créateur ?

Nous sommes tous des créateurs : nous créons à chaque instant le monde que nous percevons. Mais nous n’avons pas tous la chance de trouver le véhicule qui nous permet d’exprimer notre créativité. Pourtant, nous sommes tous des créateurs spontanés dans notre enfance ! J’aimerais vraiment que notre société nous autorise à rester connectés à cette créativité innée…

 

Dernier album : Songs of the degrees, Yaron Herman Trio, avec Sam Minaie et Ziv Ravitz (Universal, 2019).

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